Les paradoxes de l’enfant précoce

Entretien avec le professeur Olivier Revol

Lors de son passage à Genève, le Dr Olivier Revol, pédopsychiatre à Lyon, a donné quelques pistes pour mieux accompagner l’enfant surdoué en échec scolaire et favoriser son épanouissement.

« Il n’a pas de copains », « Elle s’ennuie à l’école », « La maîtresse ne la comprend pas », « On nous l’a livré sans mode d’emploi » : autant de réflexions fréquemment entendues de la bouche de parents d’enfants surdoués. Dotés d’un quotient intellectuel entre 130 et 160 (la moyenne se situe entre 85 et 115), ces enfants un peu différents sont parfois en échec scolaire. Soit environ 16% d’entre eux tous âges confondus et jusqu’à 50% dans la tranche 12-18 ans.

A quoi reconnaît-on un enfant surdoué?

Il n’existe pas de profil type du surdoué, mais plutôt une série d’indices. Les enfants à haut potentiel ont d’abord été des bébés très éveillés. Ils sont parfois en avance pour la marche, le langage et la lecture. A dix mois, certains font déjà de petites phrases. Ils acquièrent très vite la syntaxe et la plupart du temps ne passent pas par la phase du « parler bébé ». Souvent, ils apprennent à lire tout seuls. Très vite ennuyés par les activités de routine, ils sont intéressés plutôt par l’univers, les problèmes métaphysiques de l’homme, ou encore les limites de l’espace. Quand on leur demande le métier qu’ils veulent faire plus tard, il n’est pas rare qu’ils répon- dent archéologues, astronomes ou égyptologues.

Comment, avec un tel don, est-il possible d’échouer à l’école?

Les enfants précoces ont un décalage dans leurs compétences. Présentant en général des difficultés dans le développement moteur, ils sont généralement maladroits dans l’écriture, les activités manuelles ou sportives. Des problèmes associés comme une dysorthographie et/ ou une dyslexie sont fréquents. En début de scolarité, quand les apprentissages sont plus faciles, ces troubles ne sont pas toujours détectés, car masqués par la pré- cocité qui permet de compenser. Ces enfants ne sont pas des petits prodiges, ils ont simplement une forme d’intelligence différente. Comme ils ont la plupart du temps la solution de façon instinctive, ils n’ont pas besoin de décomposer le problème pour la trouver.

Un exemple? 

Face à un exercice comportant des additions et des soustrac- tions, ils donnent immédiatement la réponse, mais sans toujours réussir à fournir une explication sur leur méthode de calcul. En fait, ils ne savent pas comment ils font pour savoir ce qu’ils savent. D’où un manque de méthode et d’organisation qui leur vaut de mauvaises notes.

On dit parfois qu’ils s’ennuient en classe.

Comme ils comprennent tout très vite, ils perdent le goût de l’effort, surtout lorsqu’ils sont sous-stimulés. Par conséquent, ils s’ennuient, se démotivent et décrochent. Quand ils redeviennent attentifs, la maîtresse a déjà passé à autre chose et ils se retrouvent perdus.

Comment les motiver ?

Leur rythme n’est pas le même que celui de la classe. Il faut donc essayer de leur trouver une tâche intéressante à accomplir en attendant les autres. Une des solutions est l’approfondissement qui consiste à autoriser l’élève à étudier plus complètement les sujets abordés dans le programme officiel. Il est possible de combiner avec profit cet outil avec celui de l’enrichissement. Ce dernier vise à nourrir la curiosité intellectuelle de l’enfant en multipliant les matières, par exemple en lui proposant de préparer des exposés sur des sujets qui le passionnent.

L’idée est d’ajuster leur niveau de compétence et le niveau de complexité. C’est en réussissant des choses difficiles, que l’on construit son estime de soi.

Quels autres aménagements pédagogiques proposer ?


Il peut être judicieux de tolérer l’utilisation d’un ordinateur pour la restitution des travaux afin de contourner les soucis d’écriture. Il est aussi important de laisser à l’enfant à haut potentiel une marge de manœuvre dans l’acti- vité proposée afin qu’il puisse se l’approprier. Pour s’investir dans un travail, il a besoin de voir le pourquoi de chaque tâche, de donner du sens aux apprentissages. Il est aussi opportun de ne pas pénaliser l’enfant qui a besoin de faire plusieurs choses en même temps.Crayonner sur une feuille ou faire bouger ses stylos entre ses doigts aide le jeune surdoué à se concentrer.

Les paradoxes de l’enfant précoce.
(2010, novembre).
Hôpitaux Universitaires de Genève.
http://www.pedworld.ch/ENTREE/PSYCHIATRIE/ENFANT%20HP/O.REVOL-article%202.pdf